Souvenez-vous… qu’est-ce qu’on a pu râler mais aussi espérer que cela soit vrai… souvenez-vous de toutes ces petites phrases « bien intentionnées » qu’on dit aux jeunes parents. La boulangère, la dame du bus, la gardienne, la « copine » (j’utilise beaucoup les guillemets, non ?) qui a un enfant de 6 mois de plus (donc une experte). Des phrases gentilles, dites avec un petit sourire entendu (qui a dit condescendant ?), qui commencent presque toutes par « tu verras » ou « un jour ».
J’ai eu le temps de vérifier de mon côté !
« Un jour, il fera la grasse matinée »
Promesse tenue, et au-delà. Je peux le dire : je fais depuis quelques années le fameux MIRACLE MORNING qui consiste à se lever avant ses enfants pour prendre soin de soi et de sa maison (enfin de soi surtout). De mauvaises personnes diront que c’est parce que désormais les enfants se lèvent à 14h30 du matin. Leur petit déj, c’est mon déjeuner.
« Chut, le bébé dort »
J’ai passé des années à marcher sur la pointe des pieds (et sur des Lego), à maudire le livreur qui sonne et cette latte de plancher qui grince. Aujourd’hui je passe l’aspirateur devant les chambres à 11h. En insistant bien sur le bas de la porte (oups, ça a tapé ?). (C’est mon petit plaisir, ne me jugez pas.)
« T’inquiète, un jour il dormira dans son lit »
Elle y dort (beaucoup). Elle y mange, elle y étudie (ah non pas ça), elle y regarde des séries. On ne la voit plus. Aux dernières nouvelles, le panier à linge sale en a vu passer un des deux vers 2h30 du matin. Le frigo détient des indices. La poubelle, elle, ne voit plus personne.
« Tu verras, il fera ses nuits »
Eux oui. Moi non. Avant j’attendais qu’ils s’endorment, maintenant j’attends le bruit de la clé dans la serrure. (Et quand ce n’est pas eux qui me réveillent, c’est les bouffées de chaleur et les douleurs articulaires.)
« Vivement qu’il parle ! »
« Ouais. » « Nan. » « Chais pas. » « T’inquiète. »
Celui qui m’expliquait les anneaux de Saturne à 8h23 communique désormais par haussement de sourcils et SMS.
« Vivement qu’il marche ! »
Il marche très bien. Jusqu’au frigo. Pour la poubelle, il faut déposer une demande écrite 48 heures à l’avance.
« Un jour, tu retrouveras ta déco dans ton appartement »
Les Lego ont disparu, c’est vrai. À la place : des dizaines de chaussures (et là je doute d’avoir le bon terme…) de baskets dans l’entrée, des verres vides sur toutes les surfaces planes. Des piles de vêtements propres sur le fauteuil au milieu du salon espèrent qu’une âme charitable les emmènera dans leurs chambres respectives (spoiler, ça n’arrive pas) où les attendent des piles de vêtements sales (ou juste jetés par terre du dressing, mais qui, du coup, iront au sale parce que bon, on ne sait plus trop et surtout FLEMME de les ranger).
« Il finira par manger de tout »
Il mange de tout. Surtout ce que j’avais prévu pour le dîner de demain.
Et puis il y a celle-là : « Profite, ça passe trop vite »
C’est celle qui m’agaçait le plus. On me la disait quand j’avais dormi 3 heures, du vomi sur l’épaule et juste envie de me pendre avec le rideau de douche (avez-vous la réf ? Si oui, je l’attends en commentaire). Je souriais poliment et je pensais très fort : « eh bien pas assez vite ».
Parce qu’aujourd’hui, je n’ai personne à réveiller. La chambre de ma fille est devenue mon bureau, celle de son frère est occupée par un grand jeune homme qui a sa vie. Et je me surprends à passer l’aspirateur un peu plus tard, juste pour le laisser dormir encore parce qu’il étudie, travaille à côté et que sa chérie est là aussi.
Alors à mon tour d’être la dame du bus (ou pas). Si vous avez un tout-petit accroché à la jambe pendant que vous lisez ces lignes : profitez, ça passe trop vite, je sais pas, mais ça passe. (Vous avez le droit de me détester.)
Et vous ? Quelle phrase vous a-t-on servie à toutes les sauces ? Et surtout : elle s’est réalisée comment ? Racontez-moi en commentaire, je sens qu’on va rire. Que je sois pas revenue ici pour rien, hein !

