20 mars 2012

Maman, je ne veux pas être mort

Je ne pensais pas publier ce billet si tôt, je l’avais en tête, mais l’actualité a fait que j’ai pris le clavier un peu plus rapidement que prévu.

Le p’tit, 4 ans et demi, entre dans la phase, assez pénible, mais inévitable de découverte de la mort.
Illustration concrète :

Mercredi soir en rentrant de notre séjour à la montagne.
TGV, 1re classe
Les enfants sont extrêmement sages. Il faut dire que nous avons failli oublier Choupie sur le quai à Valence, lors du changement de train. Ça nous l’a bien calmé. Quant au P’tit, il dessine. Le même dessin que depuis le départ, 4 heures avant. (c’est qu’il est pointilleux du dessin mon fils)
Gonflés de fierté, l’Homme et moi échangeons des regards complices et compulsons sur nos iPhone respectifs.
La rame silencieuse avance dans la nuit vers Paris (car, non les enfants, nous ne sommes pas dans un tunnel)

Tout à coup, le P’tit lève la tête, j’aperçois immédiatement une grande tristesse sur son visage. Mais pas celle du cinéma, la vraie.
Et il lance à haute et intelligible voix afin que TOUT le wagon soit bien au courant :

Mais papa, maman, je ne veux pas mourir moi, ça me rend triste de savoir que je serai mort »

Ok
« Ambiance sponsorisée par le P’tit 4 ans et demi bonsoir »
Évidemment tout le monde tourne la tête vers nous. Non, rassurez-vous merci, notre fils n’est pas atteint d’une maladie grave. Merci toussa.

L’Homme et moi posons alors nos téléphones et le P’tit continue de plus belle :

on va voir mon squelette ».

La puce, 7 ans, se bouche immédiatement les oreilles. De mon côté, je me retiens de fondre en larmes. L’Homme impassible rassure le petit en lui disant que c’est normal d’avoir un peu peur, mais que tout va bien et qu’il n’est pas prévu qu’il « soit mort » avant un bon moment.

Quelques secondes passent, le regard fixe du p’tit m’interpelle. Il cogite et… reprend son feutre.
Comme si de rien n’était.
Je reprends mon téléphone. Sonnée (moi, pas le téléphone)
La puce me fait signe, elle veut enlever ses doigts de ses oreilles, je lui confirme qu’elle peut.

Alors voilà. Comment vous dire qu’hier après-midi, quand j’ai lu la dépêche d’infos indiquant que le président Sarkozy avait décrété une minute de silence en mémoire de la tragédie de Toulouse, pour aujourd’hui, dans toutes les écoles de France… j’ai… toussé.
C’est-à-dire qu’ici, je ne dis pas que c’est idéal, mais… les enfants sont protégés des informations. Pas de télé, pas d’accès aux journaux. Ils sont cloisonnés. Nous commençons tout juste à expliquer les élections à Choupie et venons juste de l’abonner au « Petit Quotidien ».
J’ai lancé une discussion sur ma page facebook pour avoir vos avis.
Résultat assez unanime : vous êtes contre à 90% environ cette minute de silence dans les écoles.

Parce qu’évidemment c’est un évènement absolu affreux, inacceptable qui touche, au moins tous les parents, en plein cœur. Tout comme cet accident de car la semaine dernière.
Mais est-ce vraiment bon d’angoisser de jeunes enfants, déjà très stressés par nature, en leur expliquant ce qui s’est passé à Toulouse, devant cette école ?
À quel âge sont-ils capables de comprendre ? À quel point faut-il entrer dans les détails ?
Je suis terriblement gênée. Cela me rappelle il y a un an, le Japon. Déjà je me posais la question de l’annonce, des explications à donner à Choupie. Sachant qu’une de ses copines, avait accès, elle, au JT télévisé…
Mais là, on pouvait toujours dire que c’était la nature, qu’un tremblement de terre à Paris, c’était de l’ordre du quasi impossible, quant au tsunami… nous étions trop loin de la mer.

Je dis quoi moi, à mon petit de 4 ans et demi qui a peur d’être mort ?
Et à ma fille de 7 ans bourrée de tics d’angoisse ?

En attendant, à 11h, j’aurai aussi une pensée pour ces familles.

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