Vous le sentiez venir vous aussi j’en suis certaine. Ce vent de l’autonomie. Ou devrais-je dire cette tempête…
En septembre, j’abordais « l’année de l’autonomie » le CM2, vendredi dernier, je râlais sur les passages piétons dangereux…
Ce moment est arrivé.
Comme je m’en doutais, en quelques semaines, nous sommes passés des « non » :
Non, je ne veux pas rester seule à la maison 10 min/1h/2h…
Non, je ne veux pas aller à la médiathèque (située à 200 mètres) seule…
et des « j’ai peur »
… de traverser seule LA rue
(oui, bon, là, moi aussi je suis flippée)
À…
Je veux rentrer seule de l’école«
Évidemment je m’en doutais qu’elle changerait très vite !!! Trop vite ? Écoutez, je me raisonne… c’est la vie… elle grandit – et plutôt bien plus sereine et confiante que ces dernières années pouvaient nous le laisser craindre – je ne peux que m’en réjouir. Je vais donc désormais entrer de ce « club », un nouveau après d’autres : le « club des angoissées qui laissent leur enfant faire des trajets seuls ». Le clan des mamans qui doivent donc faire confiance (et prier). Cela me changera du club des « a t-elle pris assez de bib’ ce soir » ou de nos conversations chez les « janviettes 2005 » (coucou les filles, je sais qu’il y en a qui traîne ici ! hiiii) que je visitais quotidiennement il y a 11 ans… pour vérifier qu’elle se développait bien comme les autres, que ses repas étaient dans les normes ainsi que sa prise de poids… Ce temps où je m’angoissais à l’idée de lui faire rater une sieste… où j’hésitais à la réveiller la nuit pour la changer.
et hop, 3 mois plus tard (ah non pardon 11 ans…) :
Elle est rentrée seule de l’école hier soir. Avec son trousseau de clés. Elle était si fière la semaine dernière d’avoir réussi à ouvrir la porte blindée de l’appartement. Elle a passé de longues minutes à essayer parce qu’en effet, elle n’est pas simple à ouvrir. Et voilà. Elle a passé la seule épreuve qu’il lui restait à franchir avant… ce grand pas vers l’autonomie. (Elle est prête pour Koh Lanta)
Je profite donc de devoir emmener son frère à son cours de piano le lundi soir pour la laisser rentrer SEULE de son côté et ainsi lui éviter un détour. On verra ensuite pour les autres jours… Est-ce qu’on va lui laisser la « responsabilité » de son frère ou vais-je, pour quelques mois encore, aller chercher le P’tit Grand et du coup « l’empêcher » de rentrer vraiment seule, j’entends par là : sans que je sois 3 mètres devant elle ou derrière…
Ma vie change tellement depuis qu’ils grandissent. Oui, tous les deux, car évidemment, le P’tit Grand n’est pas en reste. Déjà, avec son année d’avance… il réclame plus d’autonomie lui aussi. Mais oh ça va hein !!!! Laissez-moi encore un peu mon bébé ! On va laisser la priorité à l’aînée… (coucou l’excuse).
En tout cas, c’est la première fois que je sens poindre la fin de quelque chose. D’une période. La seule que je connaisse en fait. Celle où ils ont besoin de moi, physiquement. Besoin de mon assurance, de ma main pour traverser, de ma présence pour sortir de l’école. C’est encore une fois une sacrée ambivalence que j’éprouve. J’ai tellement peur de ce qui arrive – l’inconnu toussa – mais j’ai aussi tellement de fierté de les avoir portés jusque là. Ils grandissent, c’est la vie, mais je ne veux pas qu’ils m’échappent, j’ai… besoin d’eux moi ! (confidences, j’avoue tout)
Ah bien sûr, je ne vous cache pas que cette nouvelle situation du « lundi soir » va m’éviter des aller-retour inutiles à moi aussi : je vais pouvoir me poser dans un café pendant le cours du P’tit, au lieu de rentrer déposer Grande Chérie, me poser 30 minutes et repartir chercher le pianiste en herbe.
Ah bien sûr, j’entends les remarques de mes collègues mamans déjà passées par ce cap, rassurantes pour la plupart. Je sais que je trouverai une autre place, un autre rôle, qu’une maman reste une maman et que sa présence est indispensable. Oui, mais différemment. Je touche du doigt l’avenir. Celui avec deux adolescents.
Et je flippe.

